Saint-Etienne et Lyon, deux villes rivales à l’antagonisme profond

Si les deux cités situées à 60 kilomètres l’une de l’autre, travaillent aujourd’hui main dans la main pour le Pôle Métropolitain, leurs habitants conservent un certain antagonisme envers le voisin encore souvent honni. Une rivalité née au 19ème siècle qui se prolonge aujourd’hui avec le football.

A ma droite, Lyon la Bourgeoise, ville de commerce, de soie et de cinéma, née il y a plus de 2000 ans entre Rhône et Saône. A ma gauche, Saint-Etienne l’ouvrière, ville d’industrie, de charbon et de football qui n’a vu le jour qu’au moyen-âge à quelques encablures de la Loire. Deux cités que tout oppose, qui se sont souvent querellées dans le passé, dont la rivalité bien ancrée chez leurs habitants puise son origine au 19ème siècle. « A cette époque, Saint-Etienne s’est développé très vite grâce à l’industrie alors que Lyon, dont l’économie se basait sur le commerce, stagnait, indique le sociologue et écrivain Jean-Noël Blanc. La vitesse de croissance de Saint-Etienne a créé des jalousies chez les Lyonnais. D’autant qu’il y avait un côté symbolique de la ville sale qui battait la ville riche ». Mais chez les Stéphanois aussi s’est rapidement créé un ressentiment vis-à-vis de ses voisins, pour une raison plutôt inattendue : « Dans le textile à Saint-Etienne, beaucoup de donneurs d’ordres étaient des Lyonnais ce qui n’était pas forcément bien accepté », souligne le sociologue.

La rivalité entre les deux villes atteint son paroxysme lors des derbys qui sont souvent l’occasion pour les supporters des deux camps d’échanger des amabilités avec le voisin. Ici, une banderole des supporters lyonnais de très mauvais goût : « Pendant que nos pères inventaient le cinéma, les vôtres crevaient dans les mines ».

Les deux villes prospèrent chacune dans leur coin, sans jamais tenter de s’unir. Mais à partir des années 60, Saint-Etienne rencontre ses premières difficultés économiques qui ne feront que s’accentuer avec la désindustrialisation et la fermeture de ses mines. La rivalité se déplace alors sur un autre terrain, celui du football : « L’ASSE a commencé à avoir de bons résultats, juste au moment où la ville déclinait économiquement, note Jean-Noël Blanc. L’OL, lui, avait plus de mal. Les Stéphanois en ont alors profité et en ont fait un symbole. C’était le club des prolétaires en difficulté de Saint-Etienne qui l’emportait face aux riches bourgeois de Lyon ».

Depuis, la courbe de résultats des deux clubs s’est sensiblement inversée, l’OL prenant le plus souvent le pas sur le voisin stéphanois, avec à la clé sept titres de champions de France consécutifs dans les années 2000, alors qu’il faut remonter à 1982 pour trouver trace d’un titre de l’ASSE. Une suprématie lyonnaise sur le football qui n’a pas eu pour effet d’enterrer la hache de guerre, loin de là : « Les Stéphanois ont mal vécu cette période, mais paradoxalement les Lyonnais aussi. Il y a eu une vexation chez eux de ne pas avoir la même côte d’amour que les Verts alors qu’ils gagnaient tout. Même lorsqu’ils ne sont pas bons, les joueurs de Saint-Etienne sont accueillis avec gentillesse dans toute la France. Parce que l’ASSE c’est le club des ouvriers, c’est le petit gentil. Alors que l’OL, c’est celui des bourgeois, c’est le gros méchant. C’est devenu une figure imposée».

Mais il n’y a bien plus que sur les terrains de football que Saint-Etienne et Lyon s’opposent aujourd’hui. Les deux villes ont ainsi décidé de travailler main dans la main pour former un Pôle métropolitain. « C’est dans la logique des choses, souffle Jean-Noël Blanc. Il n’y a plus aucune cloison entre elles. De nombreux étudiants et salariés se déplacent entre les deux. Il y a aussi des échanges économiques et culturels. Ces deux villes étaient condamnées à vivre ensemble ».

Julien Bigard

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2 réflexions sur “Saint-Etienne et Lyon, deux villes rivales à l’antagonisme profond

  1. Aujourd’hui, c’est surtout Saint-Etienne qui a besoin de Lyon pour survivre, et à terme Sainté fera partie de la banlieue Lyonnaise, le seul obstacle à cette « absorption » est la relative vétusté des liaisons entre les deux cités.

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