Cumul des mandats : « Le parti qui s’imposera cette exemplarité en tirera les bénéfices électoraux »

Jules Joassard

Rencontre avec Jules Joassard, militant au PS. Egalement professeur vacataire à l’IEP de Lyon, il est surtout et depuis longtemps farouchement opposé au cumul des mandats.

Pourquoi vous êtes vous positionné depuis longtemps contre le cumul des mandats ?

Pour côtoyer des élus depuis de très nombreuses années, pour mesurer concrètement ce qu’est leur immense travail, je pense qu’il n’y a pas de supermen et que pour bien exécuter un mandat il faut en exécuter un. Ce premier argument, qui est celui de la qualité du travail d’élu, fait que je suis un farouche partisan du non cumul.

Le deuxième argument qui renforce ma conviction, c’est qu’aujourd’hui il existe une défiance généralisée et assez profonde d’une partie des citoyens contre leur personnel politique. Cette défiance a des facteurs multiples, parmi lesquels le plus important est ce sentiment de plus en plus diffus mais aussi de plus en plus fort, que les élus ne peuvent pas aussi fortement qu’on aurait pu le croire à certains moments, changer la vie et l’existence des gens. Mais parmi les éléments qui construisent cette défiance il y a aussi cette idée du cumul et d’un personnel politique qui accapare les mandats comme on accaparerait des petits prés carrés, des petites responsabilités. Tous ces éléments mis ensemble, la façon dont le cumul empêche un certain renouvellement, la façon dont le cumul produit tout un tas de situations de féodalité, de baronnie presque, tout ça fait de moi un partisan de non cumul des mandats, à la fois dans le temps et à la fois en nombre de mandats simultanés.

Une règle contre le cumul a été créée dès 2010 au sein du PS et l’objectif était d’imposer cette règle à tous en interne, quel est le danger de différer l’application de cette mesure ?

Il y a plein de vieux militants sincères qui me disent qu’ils adoptent des textes visant à la limitation, à l’interdiction de ce cumul des mandats depuis très très très longtemps. Et la dernière fois, nous avons donné une ampleur, une solennité plus grande à cet engagement à travers un vote très large des militants. Et pourtant, malheureusement, ça n’avance pas au rythme que l’on espérait. Le problème ça n’est pas tellement le renouvellement politique, il se fera d’une autre manière. L’enjeu il est moins là que dans le non respect de la parole donnée et des engagements pris. Comme chaque fois qu’en politique on ne tient pas l’un des ses engagements on abîme la parole politique, on abîme la crédibilité des responsables politiques, on abîme les espoirs que les citoyens peuvent placer dans leurs élus.

Que répondez vous à ceux qui comme François Rebsamen défendent l’idée qu’un cumul des mandats aide à asseoir un ancrage local ?

Je pense qu’une loi sur le non cumul va être difficile à faire. Effectivement, je ne suis pas persuadée qu’être sénateur et maire d’un patelin de 1000 habitants ce soit un souci comme d’être sénateur, maire d’une ville de plus de 400 000 habitants et président d’une communauté urbaine de plus de 1 million 500 000 habitants. Il y a des questions qui se posent. De la même façon, on peut être président de conseil général et suppléant d’un député qui devient ministre, donc devenir ministre, donc en cumul, tout en sachant qu’on laisserait ce poste si le ministre venait à redevenir simple député. Il y a tout un tas de questions qui sont posées, donc ce sera une loi qui ne sera pas facile à mettre en place compte tenu de la variété des situations. Pour autant, il faut avancer, on ne peut pas continuer à reporter ces questions-là.  D’autant plus que des engagements ont été pris et je ne comprend pas qu’on ne les tienne pas. Il y a tellement d’engagements qui sont contraints et qui sont plus difficiles à tenir, en raison d’un contexte socio économique ou des raisons x ou y, qu’une telle réforme je ne comprends pas qu’on ne se donne pas les moyens de la mettre en place.

Quelle  est aujourd’hui la prochaine étape contre le cumul des mandats ?

 L’espoir naïf que j’avais, c’était que quelque chose fût voté en interne d’un parti. Cela levait cette question éternelle sur le fait de créer un avantage comparatif défavorable en mettant en place seul cette mesure. Je suis d’ailleurs persuadé du contraire, je suis convaincu que le parti qui s’imposera cette exemplarité en tirera les bénéfices électoraux parce que justement dans ce contexte de défiance les gens diront, eux ils avancent, ils changent, on peut leur faire confiance. Mais aujourd’hui  l’espoir d’une mise en œuvre au sein d’un parti va en s’amenuisant, avec les déclarations des uns et des autres que je trouve délétères et mesquines. Donc cela passerait par une loi qui s’imposerait à tous les côtés de l’échiquier politique.

Propos recueillis par Amandine Le Blanc

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